Un jardin dans la ville,  

et au milieu dormait un miraculé

Imaginons Châtillon hier,

entre pierres et vergers

Au 18ème siècle, la campagne châtillonnaise, terres de chasse du roi de France, voit naître les premières carrières de calcaire.
Lorsqu’une demande d’ouverture et de fouille de trou de carrière était faite, le voyer de la Capitainerie de la Varennes du Louvre était envoyé sur place afin de dresser plan, procès verbal et de s’assurer qu’il n’y aurait ni nuisance ni préjudice aux plaisirs de chasser de sa majesté.

Au fil des années, les grandes roues de carrier surplombant les puits d’extraction sont de plus en plus nombreuses à se détacher sur la plaine nord de Châtillon au lieu-dit « La pierre platte » .

« Roue dans la Plaine de Montrouge » (1899)
Peinture murale Mairie de Montrouge (220cmx445cm)
Léon Félix Paul Schmitt (1856-1902)

Carte des chasses du Roi 1764-1773, Plaine de Montrouge

Paysage de carrière à Châtillon ou Clamart
(Léon Henri Weisse, 1846-1896)
(toile 46cmx33cm, collection privée)

Les grands travaux entrepris plus tard par Georges Eugène Hausmann à Paris, entre 1853 et 1870, ont fait explosé la demande de matériaux et impulsé la multiplication et la modernisation des sites d’extraction du gypse et du calcaire en Île-de-France et notamment à Bagneux, Châtillon et Clamart.

En 1889, la commune de Châtillon était devenu le second centre d’extraction de la pierre calcaire en France.

Le treuil de carrière des « Boulottes »

A ce jour, nous savons que la carrière Auboin était exploitée en 1863/1865 selon quelques graffiti retrouvés en sous-sol. Nous pouvons estimer un démarrage de son activité entre 1850 et 1860.
Par contre nous ne disposons d’aucun document nous permettant d’affirmer avec précision à quelle date a cessé de fonctionner le Treuil. Plusieurs hypothèses sont envisageables, l’exploitation semblant s’être brutalement arrêtée : soit en 1914 au début de la première guerre mondiale, soit plus simplement en 1906, suite au décès du maître-carrier, Henry Louis Auboin.
Le Treuil et sa carrière ont dès lors été oubliés au milieu des vergers et des jardins.

Vue aérienne du Treuil Auboin en 1926, la rue Ampère n’existait pas encore

Paul Pontacq, le Treuil Auboin (1936)

Le Treuil Auboin vers 1935 (photo Paul Pontacq)

Le Treuil Auboin vers 1935 (photo Paul Pontacq)

L’urbanisation de la petite couronne parisienne s’est accéléré à partir des années 1960.

Au gré des années, les maraîchers ont quitté Châtillon les uns après les autres face à la pression immobilière.
Les vergers ont progressivement laissés la place aux maisons individuelles et aux immeubles.
Peu à peu, le Treuil Auboin s’est trouvé absorbé par un quartier pavillonnaire et est devenu invisible aux regards des promeneurs.

Vue aérienne du Treuil Auboin entre les rues Lasègue et Ampère en 1956

Le Treuil Auboin en 1962

 (photos Robert Laudereau)

Vue aérienne du Treuil Auboin en direction de Clamart en 1962

Le Treuil Auboin redécouvert

En 1983, le PICAR a sorti le bel endormi de sa léthargie en entreprenant la restauration du dernier treuil de carrière à manège d’Île-de-France. Situé entre les rues Lasègue et Ampère, le Treuil Auboin et son îlot de biodiversité est aujourd’hui une vraie respiration pour tout un quartier.
Depuis 1992, une démonstration de son fonctionnement avec un cheval est réalisée chaque année le dimanche des Journées européennes du patrimoine. 

Description et fonctionnement du Treuil Auboin restauré

La carrière est située à environ 35 mètres de profondeur. Sa superficie est de 1,2 hectares. Elle a été exploitée par la méthode des hagues et bourrages sur un ou deux étages selon les endroits. La hauteur des ateliers d’extraction varie de 1,30 mètres à 1,50 mètres.

Les pierres étaient remontées par un puits grâce à la traction animale. Un cheval circulant sur un manège entraînait un système d’engrenages et le tambour sur lequel s’enroulait le câble. Une fois arrivés en surface les blocs de pierre étaient mis à sécher sur la forme, espace dallé d’environ 200 mètres carré.

Treuil Auboin : le puits

Le puits, entièrement appareillé en moellons, a un diamètre de 2,90 mètres en surface et de 5 mètres à sa base. Traversant la nappe phréatique, le puits est en partie concrétionné dès 5 mètres de profondeur. L’eau s’y écoule en permanence, principalement en hiver et au printemps. Les carriers ont creusés plusieurs tranchées et puisard pour permettre à cette eau de s’écouler dans les roches inférieures à la carrière. Les ouvriers accédait à la carrière par une échelle de perroquet, barre de bois munie d’échelons et suspendue dans le puits.

Le puits est surmonté de deux piles, massifs de maçonnerie trapézoïdaux espacés de 3,50 mètres, hauts de 5 mètres et larges de 1 mètre. Elles sont réalisés à l’aide de blocs et de moellons scellés au plâtre gros dit « plâtre de Paris ». La particularité de ce plâtre est qu’il résiste bien aux intempéries en raison de sa composition particulière et de sa méthode artisanale de fabrication. Ces deux piles sont orientées Nord-Sud d’apporter le maximum de lumière à l’intérieur du puits.

L’axe central du tambour du treuil repose sur des paliers fixés en leurs sommets. Le diamètre du tambour est de 60 centimètres, son axe a une longueur totale de 4,20 mètres. Il est incliné de 1,5 degré de manière à ce que le câble vienne s’enrouler régulièrement.

La grande roue dentée a un diamètre de 1,50 mètres. Elle est entraînée par un pignon avec un rapport de démultiplication de 6,5.
Le poids de l’ensemble formé par le tambour et la roue dentée est de 2,5 tonnes.

Le câble qui s’enroule autour du tambour est formé de 4 torons de 2 cm de diamètre composé de 64 fils d’acier de 2 mm. Un cordage en chanvre situé au centre du câble assure la souplesse nécessaire.
Selon un ouvrage technique de 1896, le câble possède une résistance à la rupture supérieure à 100 tonnes, ce qui lui permet de soulever sans risque une charge utile maximale de 10 tonnes.

Le manège a un diamètre de 6 mètres. Il est dallé avec des pierres plate permettant la circulation aisée du cheval. Celui ci parcourt 5,5 km en environ 1 h 30 pour remonter une pierre de la carrière. Grâce au rapport de démultiplication de 130, le cheval à l’effort peut soulever un bloc de 8 tonnes (environ 3,00 x 1,70 x 0,70 m soit 3.5 m3 de pierre)

Toutes les pièces mécaniques du manège sont portées par une charpente en bois. La poutre principale repose sur deux piles de maçonnerie trapézoïdales de 4 mètres de haut mesurant un mètre à leur base et 80 centimètres au sommet.
Un axe vertical (3,30 mètres) transmet son mouvement à un axe horizontal (4,30 mètres de long) par l’intermédiaire de deux engrenages à renvoi d’angle de rapport deux.

L’arbre démultiplié du pignon est muni d’un cliquet anti-retour, d’une poulie frein à bande métallique de 1,30 mètres de diamètre et d’un système de découplage à crabot permettant le débrayage du manège lors de la descente du câble.
Le système de freinage permettait de déposer lentement le bloc sur le platelage recouvrant le puits puis de faire redescendre le câble et la chaîne de bardage au fond du puits.

Les pierres extraites sont stockées sur la « forme de carrière » en attendant d’être transportée vers les chantiers de construction ou vers le dépôt de pierre de l’entreprise Auboin à Paris.
Leur transport se faisait sur des fardiers, grosses voitures en bois à quatre roues, tirées par cinq ou six chevaux pouvant tracter 6 à 10 tonnes ou sur des charrettes à deux roues tirées par 3 chevaux avec 1 à 2 tonnes de charge.

Afin de facilité le roulage de ces lourds chariots, les carriers on construit un chemin dallé en direction de Paris sur plus de 300 mètres. Ce chemin est en partie toujours présent et suit les tracés de « l’impasse de l’Espérance » et de la « Villa Béranger ».
Une photo aérienne de l’IGN prise en 1926 montre l’état des installations du Treuil ainsi que le chemin jusqu’à l’angle des actuelles avenue de la Paix et rue Béranger. 

Assemblage vue aérienne Châtillon 1926-2008

Plan Châtillon 1946, extrait

A cette époque, le quai de chargement et les parties dallées du chemin sont encore bien marquées. Autour du puits d’extraction de nombreux bloc de pierre sont présent sur la « forme ». Une partie du manège, la pile Sud et les boisages avaient déjà disparu.
L’actuelle rue Ampère n’était qu’un chemin piétonnier.
La rue a été ouverte vers 1930 et se nommait « rue des boulottes ».
Un plan de Châtillon dessiné par R.Collin en 1946 pour le Ministère de la reconstruction et de l’urbanisme tout comme une photo aérienne de 1956 font apparaître un habitat très clairsemé dans le quartier du Treuil. Les terrains était en grande partie exploités en verger ou pour du maraîchage.