COULISSES D’UNE RESTAURATION

Une aventure partagée

1984 à 1992

En route vers l’inscription MH

Le projet de réhabilitation est mis au point. Les tranches de travaux et les dépenses nécessaires sont fixées. L’inscription du chantier à l’Union R.E.M.P.ART. nous facilite les démarches administratives. En mai 1984 nous organisons nos premières journées chantier.

1993 à nos jours

Exploration et partage

Découverte et inventaire de la carrière souterraine, recherche documentaire, partage du Treuil et de son jardin. Nous assurons notre rôle de passeur, par des manifestations artistiques, des animations culturelles et des ateliers pédagogiques.

2026…

L’aventure continue

La découverte de ce patrimoine unique a initié un projet de sauvegarde. Sa restauration a mobilisé de nombreux bénévoles et des compétences. Aujourd’hui, le Treuil s’anime, se partage. Demain, nous le transmettrons au plus grand nombre..

1984 – 1992 : des premiers travaux à l’inauguration

1984 : Le Treuil sous la végétation

Les deux maçonneries principales étaient envahies par le lierre. Le puits n’était protégé que par un grillage en mauvais état et quelques morceaux de bois. L’ensemble de la forme était recouvert de terre sur laquelle s’épanouissait une végétation sauvage et luxuriante.

La face nord sous la végétation

Dès le mois de mai, le chantier commence par les opérations de débroussaillage et de nettoyage du terrain et par le dégagement des maçonneries principales.

Nous nous inscrivons auprès de l’Union REMPART afin de pouvoir bénéficier de leur expertise. Le projet de réhabilitation est mis au point fixant les tranches de travaux et les dépenses nécessaires.

1984 : Débroussaillage de la pile Ouest

De nombreux bidons rouilles, des pièces métalliques diverses et des déblais de démolition recouvraient le manège dont on ne soupçonnait pas l’existence. Les deux petites piles et la charpente en bois avaient disparu.

1985 : Sécurisation du site

Le nettoyage de la parcelle se poursuit. De nombreux détritus sont évacués du site grâce aux bennes mises à disposition par les services techniques de la Ville de Châtillon.
Des travaux de déblaiement mettent en évidence une partie du dallage du manège.

Le puits en partie comblé n’était accessible que sur 25 mètres, les dix derniers mètres étant remplis de détritus divers plus ou moins concrétionnés par un écoulement d’eau située en contrebas à cinq mètres de la surface. Notre priorité étant d’assurer la circulation des bénévoles en toute sécurité, le puits est recouvert d’un platelage en bois.

1986 : Consolidation des piles du treuil

Les rangs supérieurs des deux piles du treuil sont fragilisés par des racines du lierre. Les moellons sont démontés, nettoyées puis remis en place en utilisant un mortier de chaux, plus résistant aux intempéries et d’une couleur proche de celle du plâtre d’origine.

En prévision des travaux de reconstruction des deux piles du manège, 12 mètres cube de moellons ont pu être récupérer sur un chantier de démolition grâce à l’intervention de Madame

Alcide LANCE auprès de la Ville de Clamart.  Ces pierres présentent l’avantage d’être de même couleur et de même structure que celles ayant servi à édifier le treuil.

Localisation des piles du manège

1986 : Traces laissées par les gabarits des piles Nord et Sud

Une fouille minutieuse permet de mettre en évidence quelques morceaux de plâtre ainsi qu’un trou de dix centimètres de côté laissé par le gabarit qui servit à la construction de la pile Sud du manège. Deux rangs de pierres de la pile Nord étaient encore en place et reposaient directement sur la forme dallée.

Ces traces sont suffisantes pour les localiser avec précision.

Les fondations de la pile sud sont réalisées sur un petit radier en même temps qu’un escalier de six marches qui facilite l’accès au sol naturel en contrebas.

1987 : Reconstruction des piles du manège

En tout premier lieu s’organise le tri des pierres. Les moellons sont classés par taille, par forme et par épaisseur ce qui facilitera par la suite le montage « à blanc » au sol de chaque rang de pierre des piles.

Les piles Sud et Nord du manège sont élevées selon une méthode probablement proche de celles utilisée lors de la construction originelle. Un gabarit de bois formé de deux mâts de 4,50 mètres est planté dans le sol de chaque côté des fondations. Quatre ficelles tendues aux angles de deux cadres en bois situés respectivement au sommet et à la base du gabarit permettent d’aligner parfaitement les lits de pierres.

Montage des piles, Sud…                                                     … et Nord

1988 : Mise en place de la charpente

Les poutres en chêne destinées à soutenir les parties mécaniques du manège sont préparées au sol avant de pouvoir être mises en place.

La plus grosse, mesurant 8,50 mètres de long pour un poids de 400 kilos, est hissée sur les deux piles à l’aide de palans fixés sur des potences le long des piles. Deux jambes de force sont installées dans les réservations prévues à cet effet dans les maçonneries.

Les deux poutres secondaires mesurent 6 mètres de longueur. Elles relient la poutre principale du manège au pilier ouest du treuil et sont hissées de la même manière. Les bois sont traités contre les moisissures et les insectes.

1989 : Démontage des parties mécaniques

L’opération est très complexe compte tenu du poids des pièces. L’axe du tambour, muni de deux paliers grippés, de trois cerclages et de la roue dentée, pèse 800 kilos. Le grand engrenage pèse à lui seul 530 kilos.

L’ensemble constitué de l’axe secondaire avec pignon, de la poulie de freinage et des deux paliers approche les 500 kilos.

La solution choisie consiste à construire un portique fixé au dessus des parties restaurées des piles. Il est constitué de deux poutres IPN en croix posées sur trois pieds triangulés. L’opération la plus complexe est de hisser la poutrelle métallique de 120 kilos à deux mètres au dessus du treuil.

Les 50 mètres de câble d’acier rouillé enroulés autour de l’axe sont démontés premier. Puis l’axe du tambour est descendu.

Dans l’impossibilité de désolidariser le grand engrenage du pignon de l’axe secondaire, les deux pièces étant soudées par la rouille, l’ensemble est descendu d’un bloc et déposé sur le platelage.

Par la suite, ils sont séparés par l’action conjuguée de la chaleur et d’un produit dégrippant.

L’axe carré du tambour avait plié sous l’action de la chaleur d’un feu qui brûla le tambour en bois. Il est confié à une entreprise spécialisée pour y être redressé à froid.

 

L’axe secondaire, la poulie de freinage et les paliers sont également remis en état et retrouvent leur place sur les éléments de la charpente. Cela nous permet de compléter les maconneries.

D’autres travaux sont réalisés en parallèle cette année là. La partie de la forme qui s’était affaissée à l’angle Nord-Est doit être remise en état. Les grandes dalles de couverture sont retirées à l’aide d’un treuil de carrier à manivelle, appelé « mécanique. » Cela nous permet de reconstruire le mur de soutènement en pierre sèches. Les dalles sont remises en place en les roulant sur un chemin de bois.

1990 : La reconstruction du tambour

Cette opération est une phase majeure de la restauration du Treuil.
Elle va lui permettre de retrouver sa fonction principale.

Les photographies prises en 1934 par Monsieur PONTACQ nous montrent que le tambour était formé d’un tronc plein. Les seuls éléments dont nous disposons sont les pièces métalliques. La difficulté de la reconstitution aurait été de percer un trou carré de 10 centimètres de côté au centre d’un arbre de 60 centimètres de diamètre et de 3,65 mètres de longueur.
Le projet de reconstruction a fait l’objet d’une étude technique approfondie.

La solution retenue est d’assembler par chevillage quatre pièces de bois rectangulaires présentant chacune un pan coupé à 45 degrés.

L’ensemble ainsi constitué autour de l’axe formera l’ébauche d’un cylindre qui sera travaillé afin de donner au tambour sa forme finale. Un montage a blanc est réalisé et les différents éléments sont ensuite déplacés entre les piles du Treuil pour leur assemblage définitif

Après avoir été restaurés, les cerclages d’origine sont remis en place à chaud et à la masse sur le tambour.

Le nouveau cerclage octogonal trouve son emplacement près de la grosse roue dentée qu’il ne reste plus qu’à encastrer à l’emplacement qui lui est réservé.
Son positionnement final nécessite l’utilisation de trois palans.
Elle est ensuite immobilisé, comme à l’origine, par une série d’aiguilles plates de 10 à 40 centimètres de longueur.

Il ne reste plus qu’à le remonter au sommet du treuil.
Pour cette opération, le portique qui servit à descendre les pièces métalliques est réinstallé, mais cette fois il doit être hissé à 2,50 mètres au-dessus des piles du treuil pour permettre au tambour de pivoter lors de sa mise en place.

L’ensemble, pesant plus de 2 tonnes, retrouve enfin le sommet des piles du Treuil le 1er septembre 1990.

1991 : une année studieuse

En prévision de la restauration du manège l’année suivante, le travail le plus urgent est de réaliser les plans de chaque pièce manquante. Il s’agit principalement des deux engrenages à renvoie d’angle, des deux arbres de transmission, de trois paliers, d’une crapaudine, du système d’attelage du cheval et de nombreuses autres pièces d’assemblage.

La fabrication de certaines de ces pièces nécessitent plusieurs mois. Elles sont commandées auprès de plusieurs entreprises du nord et du sud de la France en fonction de leurs compétences réciproques. Nous faisons appel à une fonderie pour la réalisation des engrenages à renvoi d’angle.

L’activité de chantier rassemble les bénévoles autour de la construction d’un nouvel atelier-remise.
Celui-ci est destiné au stockage du matériel et va remplacer plusieurs petits abris de jardinier devenus vétustes.

1992 : l’année historique

En attendant la réception des pièces mécaniques permettant de finaliser la restauration du Treuil nous procedons à quelques travaux d’aménagement et d’embellissement du site. C’est ainsi que la cabane de jardinier adossée à la face sud de la forme est démontée. Cela va nous permettre de proceder à sa consolidation et de mettre en valeur cette face cachée de la forme. L’appareillage du mur en pierre est consolidé par la mise en place de blocs dans les cavités.

Les pièces mécaniques commandées sont réceptionnés au mois d’août et contrôlées par l’oeil expert de Robert, notre ingénieur maison : la roue et le pignon de l’engrenage conique, les barres de transmission horizontale et verticale, la partie fixe du manchon de couplage et la fourche de manœuvre, la crapaudine supportant l’axe vertical, les trois paliers bronze, ainsi que différents accessoires, l’arceau pour le cheval, le manchon de fixation, le tirant du manège, les clavettes et colliers de positionnement vont pouvoir être installés.

La mise en place de certaines pièces se révèle plus difficile que prévu compte tenu de leur poids (40 à 150 kg) : des solutions sont trouvées afin de travailler en toute sécurité.

Quelques aménagements sont nécessaires pour que la restauration soit parfaite. La partie Est de la forme de carrière est restaurée ainsi que le chemin du manège dont certaines dalles avaient disparu.

Le Treuil est enfin prêt à accueillir le cheval qui l’animera à nouveau.

Cette année là, un évènement marquera à jamais nos bénévoles.
Le 5 août 1992, le Treuil de carrière de Châtillon est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques récompensant ainsi leurs dix années d’effort.
Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, la même année est attribué à l’association le Grand Prix du Patrimoine des Hauts-de-Seine.

L’inauguration

Le 10 octobre 1992, le treuil est inauguré en présence de son propriétaire, Mr Olivier AUBOIN-VERMOREL, et de sa famille.
Mr Jean-Pierre FOUCHER, député-maire de Clamart et Mr Jean-Pol HINDRE, adjoint à la culture de Châtillon sont présents ainsi que les membres de l’association et de nombreux invités.

Pour la première fois depuis la fin de l’exploitation de la carrière, c’est au son des sabots de Géronimo et du cliquetis caractéristique du Treuil que s’éleve un bloc de pierre et se dévoile la plaque monument historique.

1993 – 2023 : de la découverte du sous-sol au projet de transmission

En 1993, notre mission de restauration et de préservation du monument est arrivé à son terme.
Tous passionnés de patrimoine, qu’il soit en surface ou souterrain, notre plus grand rêve de ces dix dernières années était de pouvoir accéder un jour à la carrière. Pour nous c’était un peu comme découvrir une grotte ou un troglodyte où l’homme n’aurait pas mis les pieds depuis très longtemps.
Notre souhait allait bientôt pouvoir être exaucé et notre curiosité satisfaite.

1993 : A la découverte du sous-sol

L’année 1993 peut être qualifiée d’année des grands travaux.
Près de trois mois sont en effet nécessaires à la désobstruction du puits d’extraction avant de pouvoir découvrir l’ancienne carrière souterraine Auboin.

Cette aventure a pu être initiée grâce au mécénat. L’entreprise BOTTE BTP spécialisée dans les travaux souterrains met à notre disposition son matériel (grue, bennes, etc.) mais également son personnel, techniciens et ouvriers.

Pendant près de soixante-dix années le puits a servi de poubelle à tous le voisinage.
Plus de 120 m3 de déchets de toutes natures et de toutes tailles, gravas, végétaux et ferrailles diverses s’étaient accumulés et agglomérés au fil du temps. Dans le puits les conditions de travail était pénibles et non sans risque malgré les équipement de protection.
Tous les déchets sortis du puits par les bénévoles et les ouvriers sont triés avant d’être évacués vers la rue à l’aide de brouettes et d’un dumper à pneu mis à notre disposition par la Société BURH-FERRIE-GOSSE de Meudon.

2024 : naissance de l’Espace de la pierre